Comment vont-elles, celles qui.
Celles qui ont parlé, dénoncé Bruel, qui se prennent des crachats, je pense à elles.
Des torrents de boue comme carte de remerciements.
Je voudrais leur essuyer les crachats, leur torchonner un peu les joues au chiffon doux, comme quand ta mère se léchait les doigts pour t’essuyer les traces de chocolat devant l’école et que tu détestais ça, dégueu maman la honte, parce que tu ne savais pas encore que c’est un geste d’amour et qu’en plus t’avais même pas de gameboy la vie est tellement nulle.
Je voudrais leur foutre la honte d’amour devant l’école en leur nettoyant les joues.
Comment vont-elles, est-ce qu’une petite brigade s’est organisée autour d’elle pour leur retirer internet, ne pas lire les commentaires, ne pas lire les commentaires, ne pas lire, coucou, ça te dit une soirée KohLanta à l’appart pour ne pas lire les commentaires?
Je pense à elles parce que je me dis qu’elles avaient autre chose à foutre de leurs journées, qu’elles avaient peut-être déjà des galères de bagnole au contrôle technique, un rendez-vous chez l’ophtalmo à caler, des règles douloureuses et pas de place pour Céline Dion. Il faut qu’elles pensent à trouver un cadeau pour samedi et à ne pas lire les commentaires. Il faut qu’elles pensent à comparer le prix des ephad pour leur mère et à ne pas lire les commentaires. Il ne faut pas qu’elles oublient leur pilule la deadline le sac de piscine dans le cartable racheter des filtres à café éviter le cadmium manger 5 fruits et légumes par jour et ne pas lire les commentaires.
Je pense à leur tube de dentifrice parce que ce sont de vraies personnes de la vraie vie, la mort de Loana leur a peut-être pété le cœur et celle de Jospin pas trop, et puis la guerre la vache la guerre, et puis ne pas lire les commentaires.
Des vraies personnes de la vraie vie, qu’on balance sous les roues du camion, parce qu’on ne touche pas à Patrick, voyons.
Parce que c’est impossible, voyons, vous serez donc menteuses, aguicheuses, racoleuses, quand vous serez quelque chose. Ou bien vous ne serez rien.
J’aurais voulu ne pas vous montrer sa tête, attendez, je vais lui mettre une gommette, mais je dois vous le montrer, ce n’est rien qu’un énième crachat, à la Une d’un journal people cette semaine.
Ça se complique.
Pauvre Patrick, ça se complique, ça se complique comme s’il venait de se manger un +4 au UNO, pas facile pour lui, pas facile cette vie, pas fastoche pour Patrick, ça se complique.
Pour les meufs, ça se complique pas, c’est pas compliqué, puisqu’elles n’existent pas ou seulement sous les crachats.
Sous chaque article des torrents de boue, pas pour lui la boue pour elles, et nous qui n’avons que des petits torchons à vaisselle pour essuyer les babines de chocolats.
On est là. On essuie. On essuiera.
– – –
Les premières à témoigner contre Bruel en 2019 étaient esthéticiennes et masseuses.
Qu’a fait Bruel depuis ?
Il a ouvert un spa.
Il a ouvert un spa.
– – –
Ce haïku vous est offert par le patriarcat.
J’écris pour elles, pour leur rappeler de racheter des filtres à café.
J’écris pour vous, pour vous dire de garder un stock de petits chiffons.
Voilà.
Je suis bien emmerdée maintenant pour vous faire ma pub après ça, j’aurais du juste vous parler de Céline Dion, AHLALA LA FILE D’ATTENTE VOUS AVEZ VU LE PRIX DES PLACES, petite blague à base de S’il suffisait de payer, hop, à moi les chroniques RTL.
Mais puisque je vous tiens, j’ai écrit un minilivre à 5€, il s’appelle « Un jour mon prince fermera un petit peu sa gueule », en vente ici.
Et c’est déjà les dernières dates de la saison pour Écoutez Battre, mon spectacle de chansons-pas-chantées, réservez maintenant.
Je vous embrasse, mais vous aurez pas de gameboy pour autant, je sais la vie est tellement nulle.
Klaire
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