L’autre jour, j’ai dû faire deviner le mot balustrade pour un jeu de société, eh bah bonne chance. Je suis tombée dans des affres d’introspectives terribles telles que MAIS BORDEL DE MERDE, c’est QUOI, une BALUSTRADE, précisément ???
La vérité, c’est que c’est une rambarde qui se la pète, avec des petites sculptures soi-disant en forme de grenade, la grenade le fruit du grenadier, pas la chanson, sous mon sein y’a présentement rien d’autre que la marque rouge striée de ma brassière kiabi, ça rend moins bien en chanson.
Une balustrade c’est un garde-fou, et ça me fait penser à nous. À nous qui sommes encore, toujours, encore, toujours au taf, c’est toujours nous.
Jusqu’ici nous étions celles qui cassent les couilles et l’ambiance en soirée, nous étions celle qui disent attention, nous étions rabat-joie. Si quelqu’une sait comment on écrit rabat-joies au pluriel, qu’elle parle maintenant ou se taise à jamais.
Nous étions rabat-joie, déjà, nous voilà rabat-colère, surveiller que notre propre feu ne déborde pas au mauvais endroit. C’est encore à nous de dire, mais de dire bien, de dire que toute la rage l’injustice les larmes oui, de dire que la répression la castration plusse de flics plusse de prisons non, la peine immense d’accord n’est pas soluble dans la peine de mort.
De dire qu’on ne doit pas collaborer avec un Etat raciste et dégoutant, de dire que ce qui va sauver nos poussins ce n’est pas davantage de poulets.
Comme on doit tout faire nous-même, il nous faut faire et le feu et les cendres, il nous faut faire la colère et la raison, il nous faut exiger plus, exiger mieux, exiger enfin et tout ça le cœur en compote ; et dans ce plus, et dans ce mieux, et dans ce enfin, il nous faut ne pas laisser un centimètre aux fachottes.
Si de Darmanin Démission nous avons fait des tracts, des chansons, des tatouages, des colliers, c’est pas pour rigoler, slogan de vent, c’est pour trouver mille deux mille trois mille moyens de dire et redire et répéter, combien la racine est pourrie. Et aujourd’hui, l’arbre qui pue nous fait miroiter de pendre des cordes à sa branche, comme si de cordes nous rêvions mais de cordes nous ne voulons pas, de l’arbre nous ne voulons pas, la racine est pourrie, et nous résisterons toujours à vos cordes, et déterrer la souche c’est plus dur, et peut-être qu’on ne sauve pas les petites filles avec de la poésie, mais encore moins avec des cordes au bout des troncs pourris.
C’est à nous de remplir et d’écoper aussi, c’est pas juste, mais c’est pas juste voilà bien ce qui nous réunit.
Il nous faut nous construire nos propres escaliers mais aussi nos propres balustrades, faire gaffe à ne pas tomber, à ne pas glisser, à ne pas être tentées de sauter. Il nous faut devenir nos propres balustrades, nos propres garde-fous, nos propres garde-folles.
S’il y a des balustrades, c’est que c’est glissant.
C’est normal après la pluie et les feuilles mortes.
C’est normal après la pluie et les filles mortes.
Il a plu beaucoup mais on ne glisse pas.
On se tient la main.
On se fait gardefols.
Gardefols.
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