Parfois, je suis convaincue de trucs chelous. Par exemple, que le chat du voisin je peux UN PEU lire dans ses pensées -tout à l’heure c’est sûr que quand il a miaulé dans l’escalier c’était pour signifier son désaccord sur le fait que je descende le verre en crocs-chaussettes-pyjama-tablier de cuisine, je trouve que ça crâne beaucoup pour un individu qui vit à poil en fourrure d’avoir un avis aussi tranché sur ma vision de la fashionweek mais BON.

ça se VOIT il me juge
Parfaitement convaincue aussi pendant 8 mois que c’était une idée de génie de réutiliser les boites de chocapic vides pour emballer les colis vinted, jusqu’à ce que je tombe par hasard sur une armée de d’internautes qui râlaient sur les gens qui je vous le donne en mille emballent les colis dans des boites de céréales.
Apparemment, ça se fait pas, j’avais brisé une règle inconnue, vous voyez les bons chasseurs et les mauvais chasseurs bah c’est pareil pour les cartons, moi qui était CONVAINCUE qu’à réception les gens allaient se dire OH WOW, et en plus elle n’a pas gâché de carton pour m’envoyer ce legging Céline Dion dont je rêvais, quelle chouette vendeuse, et hop j’allais gratter mes 5 étoiles, bah que dalle. (Ne googlez pas, je ne possède pas vraiment de legging Céline Dion, je ne crois pas que ça existe, bon ok googlez-le si vous voulez)
Enfin vous voyez, des fois je suis convaincue de trucs, quoi.
Et c’est pareil pour les chansons, je suis assez convaincue qu’il faut 3 couplets. Ça ne sort d’aucun gros bouquin gris de théorie de la musique, juste du fin fond de mon legging pas-Céline, mais dur comme fer : 2 c’est pas assez, 4 c’est trop, ce qui fait que j’étais bien embêtée.
Parce que j’avais décidé d’écrire une chanson de réhabilitation sur ces figures de femmes qu’on nous inculque de détester, jusqu’à ce qu’il semble profondément, instinctivement, naturellement et tout un tas d’autres adverbes admis que les haïr relevait de l’expérience humaine la plus universelle.
La chanson, c’était pour dire que c’était de la merde, cette détestation inculquée.
Et pour ma chanson j’avais deux figures évidentes qui racontaient ça, que je voulais sauver des flammes : 1)ma belle-mère (pourquoi diable sommes-nous censées détester nos belles-mères, les peindre acariâtres, jalouses, et concurrentes ?) (un indice, chez vous, la réponse est probablement soit « le patriarcat » soit « le vinaigre blanc »), et 2) l’ex de mon mec (pourquoi diable sommes-nous censées détester les exs de nos mecs, les peindre acariâtres, jalouses, et concurrentes ?) (indice : ce n’est pas le vinaigre blanc)
C’était bien beau tout ça, mais ça fait 2, pas 3, et les couplets, ça va par 3, blablabla le chat qui miaule, blabla les chocapic-vinted rappelez-vous.
Alors pendant vachement longtemps, j’ai mis de coté l’idée de cette chanson, en trouvant pas le petit 3, et puis un jour je l’ai trouvé, mon petit 3.
Mon petit 3, la troisième figure féminine qu’il est convenu de ne pas aimer, c’est l’adolescente que j’étais. Que j’ai évidemment jetée au feu de la poubelle du cringe, parce qu’on nous a tellement appris que les adolescentes étaient irrespectables. Un peu ridicule, un peu trop, un peu pas assez, un chantier sur lequel arriverait un type en casque jaune trop petit et cravate moche en disant au client bon évidemment faut imaginer… et il piétinerait les petites fleurs malhabiles en disant ça.
Je la sors doucement des cendres, cette adolescente, pour lui dire qu’elle n’a pas, en fait, à mettre son existence à la benne à honte.
J’y pense aujourd’hui en voyant des ados se faire fracasser par des flics en roue libre, main sur la gachette LBD et amour de Carcassonne en bandoulière, avec l’assentiment de tout le Réacistan, qui ne cesse de réduire les revendications des lycéen-nes en anecdotes et leur dents en poudre.
S’il est aussi facile de moquer des revendications politiques des ados, c’est aussi parce que faire de l’adolescence la risée permanente d’adultes goguenards, c’est un peu la base, la tartine beurrée de nos existences, même si je préfèrerais que vous mangiez des céréales, ça me fait des boites pour les colis.
Sans déconner, le Réacistan, on lui facilite vachement la vie quand on a la moquerie-d’ado facile, on lui prépare un beau petit terrain, et les Retailleau de tous poils sont prêts à ramasser.
Quand les ados sont épuisé-es parce qu’on fout aux chiottes leur rythme biologique pour plutôt les préparer à être des petits soldats du capitalisme, iels sont caricaturé-es en génération flemme. Quand iels se rebellent d’être méprisé-es vous leur envoyez les matraques. Ça se voit que vous les haïssez.
La Macro-Police en roue libre venue péter les dents des enfants qui n’ont même pas fait l’effort d’être blancs et dans le privé : immense problème.
Mais ce serait trop facile de ne pas regarder que la violence d’État est bien légitimée par la facilité avec laquelle on moque si souvent cet âge: je crois qu’à chaque fois qu’on fait de l’adolescence une blague de caricature méprisante on nourrit un peu ces matraques.
Regardez cet pitch de comédie, au théâtre, a priori bien anecdotique, mais dont on sait immédiatement que les ados joués par des quinquas avec une casquette à l’envers seront incarnés en « collés à leurs écrans » comme si ptdr on l’était pas nous bon bref :

Ce n’est pas grand-chose isolément, mais mises bout à bout, toutes ces petites vignettes panini qui forment un gros album de caricature de l’adolescence comme une chose méprisable et honteuse : ça aide les pouvoirs autoritaires à leur marcher dessus en utilisant l’idée commune qu’on ne peut pas prendre au sérieux les ados
On est pourtant parfois très sérieux quand on a 17 ans.
17 ans et toutes ses dents.
…
Ah non.
Sur cette grosse ambiance, je vous laisse, j’ai un legging à emballer.
On se retrouve les vendredis à La Comédie des 3 bornes pour Écoutez Battre, tiens d’ailleurs : la première semaine de novembre on jouera exceptionnellement le SAMEDI 7 à 16H30 je vous le dis pour tous les messages de type « oh nan mais les vendredis j’ai danse de salon », bim, vla votre chance.
Le vendredi on sera à la soirée des Prix MetooMedia où le spectacle est nommé dans la catégorie Meilleure Oeuvre Scénique, mais vous pouvez pas voter, clairement jvous le dis juste pour me la péter.
Aussi j’ai fait une vidéo sur octobre rose et j’étais pas trop contente.
Je vous embrasse, vous, et les ados que vous étiez.
PS : Je ne suis pas sûre pour la danse de salon mais je peux pas vous juger, rapport aux Chocapic.
Klaire
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